
Il y a un truc.
Il y en a forcément un. C'est évident.
Pourtant, je cherche encore ce que c'est.
Qu'une ville comme L.A. ait une identité sonore propre, je comprends. Le climat, les influences mexicaines et asiatiques, la disposition de la ville, la proximité de l'océan... tout cela doit jouer dans le type de son qu'ont envie de produire les musiciens qui y habitent.
Qu'une ville comme Detroit sache profiter de son atmosphère industrielle, technique, métallique pour transformer le disco en House Music, c'est logique.
Qu'une ville comme New York, que le monde entier regarde avec fascination, cherche à retranscrire ses particularités, c'est logique.
Mais qu'est ce qui peut bien donner à Philadelphia cette capacité à proposer un son qui lui est propre ? Aucune idée.
Coincée entre Washington DC, capitale fédérale des Etats Unis et New York, ville la plus peuplée du continent américain, tout semble réuni pour faire de Philly une sorte de parent pauvre des grandes cités du Nord Est américain.
Pourtant, dès les années 70, on trouvait sur pas mal de disques vynil un petit macaron rouge sur lequel on pouvait lire "Philly Sound" avec une typographie caractéristique de la période soul/funk. Et les artistes issus de cette mouvance n'étaient pas des moindres : entre les Delphonics (repopularisés par Tarentino sur la B.O. de Jackie Brown), les MFSB, Billie Paul, Patti Lebelle, les Stylistics, les O'Jays, il y avait largement de quoi faire.
D'un point de vue musical, ce courant se basait principalement sur la Soul et tous ses dérivés, qu'ils évoluent vers le Gospel ou le funk, vers le Rythm'n'Blues ou vers le Disco.
Puis vinrent le Hip Hop, la House, et plein d'autres courants musicaux, qui ont rendu les productions de Philadelphia bien sirupeuses, pour ne pas dire mièvres pour certaines.
Il a ensuite fallu attendre un renouveau apporté par The Roots, au milieu des années 90 pour que la capitale de Pennsylvania revienne sur le devant de la scène.
Sont alors apparu bon nombre d'artistes majeurs pour qui apprécie un tant soit peu la musique afro-américaine. On peut citer en vrac : Bahamadia (rappeuse au timbre de voix exceptionnel), Bilal (chanteur Soul incomparable - un de mes meilleurs concerts -), Jill Scott (une personnalité et une présence magnifiques), DJ Jazzy Jeff (Jazz dans la série Le Prince de Bel Air), Scratch (beat-boxeur vraiment bon), Jaguar Wright (dont certains morceaux sont de véritables monuments de soul contemporaine) ou encore Ursula Rucker (poétesse incroyable de charisme). Je dois en passer un bon paquet, mais le but n'est pas l'exhaustivité. Au contraire, je voulais ici me restreindre à parler d'une seule personne : King Britt.
Ce DJ originaire d'un ghetto de Philadelphia, connu pour avoir plus de 30 000 vynils, est tout à la fois un vrai DJ de soirées (pour des mixes embrassant tout le spectre de la musique afro-américaine), un remixeur porté sur la House Music (pour les Silent Poets) ou le hip hop (Bebel Gilberto, the Philadelphia Experiment), mais également un producteur. Ce dernier aspect se développe d'ailleurs sous deux formes.
La première est à rechercher du côté de la collection The Beat Generation (aux côtés des albums de Will I Am, Jay Dee, Dj SPinna) de l'excellent label anglais BBE. La seconde a pris forme sous le pseudo Sylk 130, pour une sorte d'hommage aux musiques qui ont rythmé l'existence de King Britt. Ce projet s'est matérialisé par un premier album sorti en 1996 dénommé When The Funk Hits de Fans (dont certains morceaux sont vraiment très bons) dédié aux musiques des années 70. Il a ensuite fallu attendre 2001 pour la sortie du second disque, intitulé Re-Members Only, tourné, lui, vers les années 80. Vous vous doutez donc que le troisième devrait regarder vers les années 90, mais pour celui-là, il faudra se montrer un peu patient, car il ne me semble pas en avoir encore entendu parler.
Concentrons nous sur le deuxième album, du coup.
Ceux qui me connaissent (et ont une idée de mes goûts musicaux) doivent savoir que les années 80 ne sont pas loin de représenter ce qui s'est fait de pire dans la musique du XXème siècle. Pourtant, comme toujours il y a des choses intéressantes à en tirer. King Britt a notamment réussi sont pari sur le morceau All The Way Live. Ce bijou accueille le rappeur Capitol A, déjà croisé chez Tek 9, chez Sylk 130, les Visioneers et il me semble aux côtés de The Herbalizer.
La combinaison choisie pour ce morceau ? Une sorte de retour aux origines du Hip Hop avec un flow old school, un refrain accrocheur, une petite base de Fender Rhodes histoire de poser le tout en douceur sur des percus très rythmées.
Dans le cas où les ayants-droits de ce morceau le souhaiteraient, nous pouvons supprimer le lien de téléchargement. Il suffit de nous en faire part dans les commentaires.