
Peut-on préserver sa liberté de pensée au sein de la grosse industrie musicale ? Dans les années 50, la culture rock & roll a jugé bon de se défaire du joug des majors si elle voulait garder son essence même. Pour ne pas perdre le marché, les majors ont alors tenté de racheter les labels indépendants en leur garantissant malgré tout une certaine autonomie dans la gestion des artistes. Les majors s'organisèrent de fait par un regroupement de labels tout en ayant la main mise sur le réseau de distribution. De nos jours, les 4 majors que sont EMI, Warner, Sony et Universal possèdent plus de 70 % du marché des ventes de la musique. Cependant, avec le développement d'internet et de la musique mise en ligne, les consommateurs modifient leurs comportements, ce qui pourrait changer la donne d'ici peu.
Des artistes tels que Ani Di Franco parviennent heureusement à résister à ces bulldozers commerciaux. Cette américaine quadragénaire revendique fièrement dans ses chansons son indépendance rendue possible grâce à la création de son propre label, à l'âge de 18 ans avec 50 $ en poche, Righteous Babe Records. Elle peut de cette manière aborder des thèmes tels que la politique et les inégalités sociales, le racisme, sa bisexualité, la religion, le féminisme ou encore l'environnement. Accompagnée de sa guitare, elle compose des ballades d'influence folk-rock. En jouant avec les alittérations, elle s'est appropriée un phrasé rythmé, parfois parlé, parfois chanté, bien à elle. Il s'agit d'une artiste étonnament prolifique, avec au minimum un album par an et ce depuis 20 ans. Il reste malgrè tout difficile de se procurer ses albums dans les réseaux de vente traditionnels, le prix à payer de son indépendance! Quelques-uns des albums comme le double Revelling/Reckoning (que je ne saurais vous recommander que vivement) occupent les bacs en France. Pour ce qui est du reste, il est possible de les commander sur internet sur le site de Righteous Babe Records . Leurs prix varient de 8 à 20 $. Et c'est important, je pense, d'encourager ce genre d'initiative.
Le premier morceau que j'ai choisi s'intitule Slide (Evolve, de 2003). Il est assez représentatif, je trouve, de l'ensemble de son oeuvre. Il mêle un rythme pêchu, un peu rock, son fameux phrasé, de légers choeurs et des notes jazzy avec les cuivres.
Le second se nomme Subdivision, extrait du double album Reckoning/Revelling (2001). Il parle de la manière dont la communauté blanche aux Etats-Unis traite les afro-américains. Comme ici, elle n'hésite pas à soulever encore certains tabous, empreints à l'amérique puritaine.
Sites :
myspace
wikipedia
Righteous Babe Records
infos, paroles & partitions
Dans le cas où les ayants-droits de ce morceau le souhaiteraient, nous pouvons supprimer le lien de téléchargement. Il suffit de nous en faire part dans les commentaires.
Très bons choix, comme d'habitude, loin de la fausse folk que les fameuses majors essaient de nous vendre depuis le succès du premier album de Norah Jones.
RépondreSupprimerDeux petites précisions à ajouter, cependant.
Le côté rebelle d'Ani di Franco s'est au début manifesté par beaucoup d'énergie dans des morceaux beaucoup plus punk/rock que les morceaux présentés ici. Un véritable tournant s'est opéré aux alentours de 2000, avec quelques clins d'oeil vers le jazz/funk (c'est une grande amie de Maceo Parker) et vers la folk.
D'autre part, le début de sa carrière a reçu un soutien important de la communauté lesbienne Nord-Américaine. Le fait de clamer ses préférences sexuelles a permis à cette communauté de se reconnaitre dans le combat d'une artiste et ceci a sans doute contribué au succès underground d'Ani Di Franco au début de sa carrière.