
"Qu'ouis-je ?" allez-vous pester, "un post sans musique !?!!??"
"Oui", vous répondrais-je.
La raison est simple : le sujet de ce post est un collectif et non un artiste ou un groupe précis. Difficile, du coup, de faire ressortir un seul morceau, et très franchement, ce n'est pas encore dans mes plans de faire une playlist à propos de ce groupe.
Aujourd'hui, je vais donc vous ennuyer en vous parlant des Soulquarians.
Commençons par le nom. Il découle de la contraction de Soul et de Aquarius, le signe zodiacal. Ce nom est semble-t-il venu de lui même quand les quatre fondateurs se sont rendu compte qu'ils étaient tous de ce signe. Dit comme ça, ça fait envie, non ?
Heureusement, le son qu'aura produit ce collectif est plus intéressant et profond que cette anecdote, qui a pour seule qualité de nous montrer qu'ils avaient un peu de recul sur eux-même. Car si on me demandait un jour de décrire mon style de musique préféré, je pense que je ne saurais le faire sérieusement sans parler des Soulquarians.
Qui sont-ils ?
Bon, j'arrête de tourner autour du pot : ces quatres membres sont Questlove (batteur du groupe de hip hop The Roots), D'Angelo (chanteur, pianiste bassiste), James Poyser (pianiste, producteur) et Jay Dee ou J Dilla (rapper, producteur).
La spécificité des Soulquarians est véritablement ce concept de collectif artistique, non restreint à ces seules personnes, mais incluant également tous les participants aux jam-sessions, aux enregistrements studio, aux tournées, ... Il faut voir par exemple les crédits sur certains albums où même les hand claps sont mentionnés comme si sans l'intervention de telle ou telle personne, le son aurait pris une autre direction.
Pour donner quelques pistes de recherche, on peut citer parmi les membres récurrents : Erykah Badu, Jill Scott, Bilal, Bahamadia, Common, Mos Def, Talib Kweli, Slum Village ou encore Q-tip, mais également des personnalités moins connues, comme l'ingénieur du son Bob Powers (qui a même travaillé avec Alliance Ethnik sur certains morceaux), Pino Palladino, Zap Mama, Ursula Rucker, Jaguar Wright, Raphael Saadiq, Cody Chesnutt, l'excellent trompetiste Roy Hargrove et même la trop méconnue Vinia Mojica.
Quel est leur style musical ?
Comme bien souvent, quelqu'un de peu familier avec ce genre de musique pourra penser que toutes leurs productions se ressemblent. C'est vrai que dans l'ensemble, on reste dans un univers hip hop très marqué. Mais pour ceux qui ont une oreille un peu plus experte dans le domaine, il est possible de distinguer un nombre d'influences considérable : de Marvin Gaye à Jimmy Hendrix, de Bob Marley à Fela Kuti, toute la musique afro-américaine y passe pour être digérée et ressort sous une forme à la fois très maîtrisée et diverse. Des albums des rock de The Roots, Common et Cody Chesnutt, on peut très bien passer au jazz/funk du RH Factor, de la soul contemporaine de D'angelo ou Erykah Badu, on peut aller jusqu'aux racines africaines de Zap Mama.
Pour caractériser l'essence de ce son, il faut prendre conscience des rythmes du hip hop classique, qui, sortant la plupart du temps de boîtes à rythme, sont calés comme des métronomes. Les Soulquarians, eux ont pris le parti dès le départ de se défaire de ce carcan en introduisant volontairement des légers contretemps. À la différence du swing pour le jazz, qui est l'art du contre temps maîtrisé, ils ont introduit un côté irrégulier grâce justement aux hand claps, réalisés en studio et non répétés par des machines. Cela peu semble un détail, mais c'est en réalité ce qui fait toute la différence. Beaucoup parlent d'ailleurs du son de Jay Dee comme d'un son "dirty", qu'il cherchait volontairement à dégrader, à égratigner pour lui insuffler plus de vie.
Quels albums écouter ?
Au final, les albums qui auront été officiellement produits par les Soulquarians sont très peu nombreux, surtout quand on voit le nombre de personnes incluses dans ce collectif. C'est essentiellement autour de l'an 2000 que sont sortis ces albums. Les plus marquants sont sans conteste le trio Voodoo (D'Angelo, 2000), Like Water For Chocolate (Common, 2000) et Mama's Gun (Erykah Badu, 2000). Ces trois albums, enregistrés simultanément au Electric Lady Studio (ancien hotel en plein coeur de Manhattan transformé en studio d'enregistrement par Jimmy Hendrix) ont été parait-il un bouillonnement constant d'idées et d'échanges, menant parait-il à des jam-sessions enfiévrées. Pour aller plus loin, on peut également citer Things Fall Apart (The Roots, 1999), 1st Born Second (Bilal, 2001), Phrenology (The Roots, 2002) et Electric Circus (Common, 2002), qui explorent des horizons un peu plus lointains, et dont le son est, du coup, moins estampillé Soulquarians.
Pourquoi n'ont-ils rien produit d'autre ?
Du fait même de leur (non) organisation sous forme de collectif, les véritables réunions des ces membres est toujours compliquée. Entre les tournées, les projets externes, les emplois du temps surchargés, difficile de les faire se croiser suffisamment longtemps pour produire un album entier. Dommage pour nous. Enfin, pour moi, en tous cas.
Mais bon, cela n'empêche pas leur son de survivre à travers un nombre incroyable d'artistes dans le monde entier qui aura vibré pour ce type de son, même si, bien entendu, c'est aux Etats Unis que l'on trouve le plus de disciples.